Il était une fois dans la ville libre de Christiania

Christiania dont leave us with danesForte de mon expérience d’une première journée à Copenhague à vélo, me voilà qui renouvelle l’aventure sur le thème « Copenhague en novembre » avec au programme : la ville libre de Christiania.

Il ne fait pas un temps à mettre un photographe et un appareil photo dehors, comme les deux journées précédentes je dirais, mais la pluie en plus ! Souvenez-vous, la pluie est l’une des seules raisons pour lesquelles les danois laissent leur 2 roues à la maison. Et bien non, moi j’ai décidé d’être plus forte qu’eux et de braver les éléments avec mon vélo pour aller jusqu’à Christiania, cette ville dans la ville dont j’entends parler depuis mon arrivée (et même avant). Bon parce que je suis d’une nature optimiste et que je pense que la pluie va s’arrêter, je commence la journée par me réfugier dans un café, histoire aussi de ne pas être trempée dès 9h du mat’… Le café est bon mais en attendant la pluie ne cesse pas ! C’est avec le courage d’un koala sous la pluie (et oui pourquoi pas ?) que j’enfourche mon vélo. J’ai vu Auroville en Inde, je verrai Christiania au Danemark.

Christiania, c’est quoi ?

Après m’être perdue, et oui on ne se refait pas, me voilà arrivée chez les hippies. Où suis-je ? Qu’est-ce que Christiania ? Alors voilà : c’est en 1971 qu’un groupe de squatteurs militants envahit cette caserne désaffectée et fonde une communauté basée sur le Peace and Love, si revendiqués à l’époque. L’amour libre, la drogue libre et quelques idées avant-gardistes : on mange bio et on recycle. Après une trentaine d’années la ville existe toujours même si ses jours semblent comptés ! Et oui Christiania est située dans le quartier plutôt aisé de Christianshavn et comme partout les promoteurs lorgnent cette enclave merveilleusement située en bord de canal.

Adeline chez les hippies

Christiania Green DistrictAprès quelques kilomètres j’arrive enfin et l’accueil est plus que sympathique et une certaine ambiance se dégage déjà. Sur les murs on peut lire « SVP ne nous laissez pas seuls avec les danois », voir des affiches « Festival des vibrations positives » ou encore le réglement « L’engagement de Christiania est de créer et maintenir un communauté auto-gouvernée dans laquelle chacun est libre de se développer et de s’exprimer ». J’aime bien. J’entre ensuite dans le green district… Dès l’entrée on nous met à l’aise avec quelques règles à respecter :

  • Amusez-vous
  • Ne courez pas, ça créé la panique
  • Pas de photos
  • Acheter et vendre de l’herbe est illégal

Hors mis ce panneau, vous n’aurez donc pas de photo. La population est très masculine et plutôt « j’avais 20 ans dans les années 70 ». Sur des petites tables à droite à gauche, on achète et on vend de l’herbe dans des tubes à essai, sur les terrasses voisines, on roule ses joints… On sent bien la liberté ici. Je traverse le green district. Une jeune asiatique ne se sent pas à l’aise et me demande « c’est pas dangereux pour moi d’être ici », et moi de répondre « mais non t’inquiète, c’est la balade du dimanche, promène-toi il y a parait-il de belles maisons en bois en bord de canal ». D’où j’ai sorti ça je ne sais pas, j’étais peut-être déjà imprégnée de Christiania. Je tiens à préciser que je n’ai pas fumé mais de fait pas mal humé.

Bon j’arrive devant une maison sympathique où on prône le Smile et où on a le droit de prendre des photos. C’est là que je décide de reprendre mon vélo : il se remet à pleuvoir et j’ai quand même envie de me balader un peu avant de retourner vers le centre de Copenhague. Je vais le faire en accéléré.

Christiania Smile house

Je traverse un pont en bois pour aller me promener de l’autre côté du canal et la pluie se faisant insistante, je ne resterai que quelques minutes de l’autre côté. Je reprends le pont et là C’EST LE DRAME ! Le pont est glissant et si je maitrise très bien mon deux roues, 2 fous arrivent à toute berzingue (oui j’ai décidé aussi d’employer du vocabulaire très 70′). Le premier passe sans encombre et le deuxième me renverse. Bon je l’avais vu arriver ce fou donc j’étais presque à l’arrêt. Plus de peur que de mal. Je n’ai rien hors mis quelques bleus. Mon nouvel ami se prend un savon en danois comme je n’aurais pas aimé en prendre. Ah oui, ne pas respecter les règles, ça ne va pas déjà pas avec le pays mais dans une enclave où on prône la non violence, ça va encore moins. On m’a laissé repartir en faisant attention à ce que je n’ai rien et mon vélo non plus ! Il sont vraiment sympas ces Danois. Doucement je retraverse Greeen district et reprends ma route vers le centre ville.

Grass in Christiania

Malgré la pluie qui a certes un peu gâché ma visite, j’ai bien aimé l’ambiance utopiste de Christiania. C’est une bonne balade rafraichissante, loin de l’agitation de la ville. Mon conseil est d’en profiter tant que Christiania est encore là. En 2007 les anciens ont signé un traité prévoyant la cession sur 10 ans de cette enclave au gouvernement. Celui-ci signe certainement la fin de 40 ans de liberté(s).

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5 Commentaires

  • Ton billet aurait pu s’appeler : la liberté sera-t-elle enfin muselée ? Pourquoi ne pas laisser ces gens pacifiques tranquilles ? J’ai aimé ta balade…et ta rencontre musclée avec un cycliste danois au pays de la non-violence est extra ( surtout que tu n’as pas eu grand mal ! ) Bon WE Bises

  • Malheureusement, à ce qu’il parait l’utopie de Christiania n’est plus ce qu’elle était. Certaines bandes, cachées des touriste imposerait une petite mafia afin de prendre le contrôle de la vente d’herbe au sein même de la communauté. Libération avait fait un article il y a quelques mois : http://voyages.liberation.fr/portraits-de-villes/christiania-l-utopie-perdue
    Néanmoins, ça montre aussi qu’une communauté auto-gérée est possible à petite échelle !
    Très bon article, j’espère que tu t’es remise de ta chute ! 😉

  • Super ce récit ! J’ai adoré Christiania (parcouru en vélo en plein mois de novembre, sous le soleil contrairement à toi 😉 !). D’ailleurs plus généralement Copenhague est quand même une ville franchement agréable !

  • Bonjour,

    Les années 70 ont accouché de diverses micro-utopies, très différentes, qui ont duré plus ou moins longtemps (plutôt moins que plus), et fort différentes. En tant qu’expériences micro-politiques, de démocratie directe, concertée, elles éminemment sont porteuses de leçons – bonnes et mauvaises.

    Il existe encore çà et là des projets très différents : j’attends pour Voyageurs du Net un article dans les mois prochains sur une communauté en Slovénie ; j’ai eu l’occasion d’écouter aussi le récit de diverses expériences lors de conférences du Boom Festival 2012 (festival dont je ne défendrais d’ailleurs pas l’idiote culture new age, mais dont bien des aspects sur l’écologie sont très vivifiants) ; je peux inciter vivement aussi à écouter la très très intéressante émission de Daniel Mermet sur le village communiste de Marinaleda en Andalousie (https://www.youtube.com/watch?v=r8JcmhbasRw) ; j’espère aussi un article sur un projet très, très intéressant, à la confluence de l’action sociale, de l’écotourisme rural, de la dynamisation d’une zone rurale en déshérence et de la préservation du patrimoine artisanal… J’ai souvenir d’avoir lu chez Mona Chollet (peripheries.net) un récit sur une utopie dans le centre de Genève – dont j’ignore si elle est encore vivante…

    Je pense que la « crise », càd la victoire des porcs néoféodaux de la Finance masquillée sous le label « plan d’austérité » ou « plan d’ajustement structurel », a de fortes chances d’aviver le pire et le meilleur, comme au XIXe siècle. Si l’Etat fait défaut pour protéger la population, alors beaucoup seront massivement égoïstes et quelques-uns se réuniront en communautés pour se démerder solidairement. Comme au XIXe siècle, qui vit fleurir les communautés anarchistes et socialistes. Là où les liens communautaires et la paysannerie n’ont pas encore été détruits, le néolibéralisme brutal cohabite avec de tels projets (d’ailleurs très menacés : les organisations communautaires au Chiapas, par ex, finiront par craquer face à l’adversités des mastodontes du capitalisme et de la lâcheté et la corruption de l’Etat) : au Guatémala ou au Mexique par exemple, mais à coup sûr dans bien des zones rurales du monde.

    J’ai le souvenir – vague – d’avoir d’ailleurs lu voilà quelques mois sur le retour à la campagne et la reconstitution de communautés en Grèce, sous l’effet de la dévastation économique consentie par leurs pantins de dirigeants à la solde de la troïka…

    Salutations et merci pour ce joli billet.

    M.

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