Le jour où… je suis allée à la mine à Potosi

IMG_6531Potosi est la ville minière de Bolivie. On y dénombre 300 mines dont 33 encore actives et 10 000 mineurs en activité. A l’heure où les mineurs chiliens sortent enfin de leurs 3 mois de calvaire, est-il raisonnable d’aller visiter une mine ? Et n’est-ce pas encore une attraction touristique parmi tant d’autres ?

En route pour une mine de Potosi

Raisonnable, pas raisonnable, ce n’est pas vraiment la question les visites étant très encadrées. Pour le côté attraction touristique, le mieux est d’aller se rendre compte ! C’est donc parti pour la mine !

Nous sommes un groupe de 4 filles à descendre. Je suis accompagnée de Pauline, une hollandaise rencontrée à La Paz avec laquelle je fais un petit bout de route, de deux australiennes, de Diego et Fox, deux anciens mineurs.


Potosi - en route pour la mine

Après avoir passé l’équipement « spécial mine » (sur-pantalon, veste, bottes, casque et lampe frontale), direction le marché pour acheter les cadeaux aux mineurs. Dans les rayons, on trouve notamment des boissons, des bâtons de dynamite et détonateurs, des bottes, des masques, alcool à 96° buvable, feuilles de coca… Bref tout l’attirail d’un bon mineur ! Potosi est la seule ville en Bolivie où acheter de la dynamite est légale pour tout un chacun. J’ai donc acheté de la dynamite ! Dans un premier temps, je pense vraiment au côté touristique. Pourquoi acheter des cadeaux aux mineurs alors qu’une partie de ce que j’ai payé pour la visite leur est reversée ? Cette idée me sortira totalement de l’esprit une fois dans la mine !

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Prière à la Pachamama

Avant de quitter l’échoppe, nous prions Pachamama afin que celle-ci nous protège dans la mine. Comme tout bon mineur, nous buvons une mini-gorgée d’alcool à 96° (buvable). On peut dire que ça brule la gorge et ça réveille l’esprit mais s’il faut ça pour avoir la protection de Pachamama et qu’elle me promet de sortir vivante, alors allons-y !

Après une petite visite à l’usine de transformation des roches extraites de la mine, les choses sérieuses commencent ! Diego ouvre la marche, Fox la ferme. Nous parcourons quelques mètres et nous sommes dans le noir.  Au premier niveau, tout va bien. On peut avancer debout, c’est poussiéreux mais ça passe. Il faut faire attention à baisser la tête par endroit, c’est tout. Heureusement que j’ai un casque de sécurité car il m’est arrivé de ne pas prêter attention et de heurter roche ou morceaux de bois. Rien de grave !

Descente en enfer

Une bonne vingtaine de minutes plus tard, nous descendons vers le troisième niveau, soit environ 60m plus bas. On oublie qu’on marche debout. Marche en canard ou à 4 pattes de rigueur et tout ça dans la poussière et les odeurs de souffre.  Vraiment pas évident et surtout très désagréable. Une fois arrivés, nous pouvons de nouveau nous tenir debout par contre nous marchons dans l’eau. Si la température était acceptable au 1er niveau, elle approche les 35° au 3ème.  L’enfermement, le noir, la température, les odeurs de souffre, on peut dire que c’est un calvaire. Et nous ne sommes qu’au 3ème niveau d’une mine qui en compte 17.

C’est à ce niveau-là que nous rencontrons nos premiers mineurs dont Juan, 20 ans. Il a commencé à travailler dans la mine à 9 ans. 11 ans qu’il travaille 6 jours sur 7 dans cet enfer, minimum 8h par jour. Il est 16h, Juan est épuisé mais sa journée n’est pas finie. Après sa douche, il prendra la direction de ses cours du soir. Il lui reste encore deux ans à tenir avant de finir le lycée. Après ces deux ans, il arrête la mine dit-il… Peut-être ! Nous lui offrons deux litres d’une boisson orangée et je comprends alors la nécessité d’apporter ces cadeaux. 8h que Juan est dans la mine, sans manger, ni boire juste à mâcher des feuilles de coca pour tenir. Son travail du jour : pousser des charriots qui font quelques centaines de tonnes. Malgré cet enfer, Juan garde le sourire.

L’heure de remonter arrive et il est temps. Entre la chaleur, les odeurs de souffre et la poussière, je pense que la mine ressemble à un enfer dans lequel je ne peux rester plus longtemps. En remontant vers le 2ème niveau, nous voyons d’autres mineurs, exténués, couchés aux bord des rails à attendre de retrouver une peu d’énergie pour trouver la force d’affronter la remontée. C’est dur à voir !

Au deuxième niveau, nous nous arrêtons discuter avec Pablito, le mâcheur de coca. Un mineur ne mange pas durant ses journées à la mine mais il mâche au minimum 200 feuilles de coca. L’entrée est à 4300m d’altitude. Conjuguée à la chaleur, aux odeurs et à la poussière, c’est un minimum pour tenir le coup. Pablito a 41 ans. 25 ans qu’il travaille comme mineur et il compte encore travailler 10 ans, si la vie le lui permet. L’espérance de vie d’un mineur est de 45 ans. Vu son âge et ses 25 ans à respirer toutes sortes de poussières nocives, on peut dire que Pablito a peu de chance de vivre une vie décente après la mine, voire une vie tout court ! Ce jour-là, il travaillait dans un tunnel dans lequel il ne pouvait tenir que couché. Il comptait finir sa journée vers 19h soit 11h après avoir pris son service.

Le 19 octobre 2010, j’ai visité une mine de Potosi et je ne peux pas dire que j’y ai pris du plaisir. Je ne regrette néanmoins aucunement l’expérience.

Leçons d’une visite marquante

Attraction touristique ou pas. Je ne me pose plus la question, cela n’a pas d’importance. Je retiendrai de cette visite, les conditions de travail exécrables de ces mineurs mais tout de même les quelques sourires partagés dans cet enfer. J’ai été marquée par la fatigue physique et mentale de ces mineurs mais je retiens la solidarité de ceux qui ont réussi à se sortir de cet enfer envers ceux qui continuent à y descendre tous les jours. Alors que nous étions-là en fin de journée, Diego et Fox n’ont pas hésité à prendre une pelle et aider leurs anciens collègues à charger les derniers morceaux de roche dans les charriots.

Le métier de mineur est certainement l’un des plus difficile au monde. Après cette visite, je pense sincèrement ne pas avoir le droit de me plaindre de mes conditions de travail pour les 30 ans à venir. Si un jour vous m’entendez me plaindre pour des raisons non justifiées, rappelez-moi de relire ce post et de me souvenir de Juan, Pablito et de tous les autres mineurs exténués rencontrés dans ces tunnels !

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3 Commentaires

  • Je suffoque rien qu’à lire le post, c’est troublant. Moi aussi, si je me plains de mon futur travail, qu’on me rappelle ce post, je n’ai pas visité de mine, je n’en visiterai jamais mais ça ressemble vraiment à la description de l’Enfer… Merci pour avoir écrit ça.

  • Ouf tu es courageuse d’être descendue là dedans. Lorsque j’étais à Potosi je n’ai pas pu. Je suis claustrophobe et rien que l’idée d’aller là dedans me traumatisait. C’est incroyable que des gens vivent encore dans des telles conditions dans le monde. Cela brise le coeur. Merci pour ton récit !

  • Bonjour Adeline, je ne sais plus par quel hasard j’ai atterri sur ton blog de voyage mais ton récit de ta descente dans la mine de Potosi correspond bien à l’expérience que j’en avais fait lors d’une année sabbatique en Amérique du Sud en 2006. J’étais remontée de cette visite bouleversée.. Et aujourd’hui, alors que mon job ne me plait pas particulièrement et que j’ai plutôt tendance à m’en plaindre, la lecture de ton article me rappelle ce que je sais pourtant mais que j’oublie très vite : nous sommes chanceux et avons des conditions de travail auxquelles beaucoup n’ont pas le droit.. Merci !

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