Les rencontres d’Arles 2013 : mon voyage photographique en noir et blanc

A la rencontre des rencontres Arles photographie

Cet été j’ai décidé de profiter de notre belle France. Après ma pause dans le Berry, j’ai donc mis le cap au sud. Premier arrêt les Rencontres Arles photographie, le rendez-vous de l’été en France pour les amoureux du 8ème art. Cette année les organisateurs ont décidé de mettre la photo noir et blanc à l’honneur et dans une ère où le numérique fait la part belle à la couleur, qu’il est bon de retrouver autant de monochromie. En une journée, je me suis baladée d’expo en expo, de l’Amérique de Gordon Parcks à la France post front populaire de Pierre Jamet, en passant par le Chili de Sergio Larrain. Je me suis régalée avec ce voyage dans le temps et dans le monde sous le regard de tous ces artistes. C’est parti pour une visite guidée de mes coups de coeur de cette édition 2013.

Gordon Parcks, l’Amérique noire américaine

Gordon Parks Arles

« Ce que je veux, ce que je suis, ce que vous m’obligez à être. Car je suis vous et je vous dévisage dans le mirroir de la misère et du desespoir, de la révolte et de la liberté. Regardez-moi et comprenez que me détruire, c’est vous détruire vous-même. Il y a en chacun de nous quelque chose de plus profond que notre sang ou notre couleur de peau : notre aspiration commune à une vie meilleure, à un monde meilleur. Regardez-moi. Ecoutez-moi. Tentez de comprendre mon combat contre votre racisme. Il n’est pas trop tard pour que nous vivions ensemble sous des cieux agités. » Gordon Parcks dans le magazine Life le 8 mars 1968

A elle toute seule cette phrase résume cette exposition qui retrace le combat de Gordon Parks, photographe afro-américain qui, des années 40 quand il se met à la photographie jusqu’à sa mort en 2006, n’aura de cesse de lutter contre le racisme. Au travers de ses portraits de célébrités comme Muhammad Ali, d’activistes politiques comme Martin Luther-King ou Malcom X ou encore d’illustres inconnus comme Ella Watson, cette femme qu’il photographia avec ses deux balais devant un drapeau américain, il rend compte de son Amérique, celle du racisme, celle des gangs, celle des combats. Ses portraits son forts, inspirés et forcément engagés. On ne ressort pas de là indifférent.

Présentée à Arles et pour la première fois en France, cette exposition est magnifique, très forte et je ne serais pas étonnée de la voir à Paris dans un endroit comme le Jeu de Paume dans les mois à venir. Elle y a largement sa place. Si tel est le cas, allez-y, foncez-y les yeux fermés. Moi j’y retournerai !

Le Chili des rues de Sergio Larrain

Sergio Larrain

Sergio Larrain
Passage Bavestrello, Valparaiso, Chili, 1952.
© Sergio Larrain/Magnum Photos – Rencontres Arles

« J’ai compris que la photographie, comme toute expression artistique, on doit la chercher au fond de soi. La photo parfaite est une sorte de miracle, qui apparaît dans un éclat de lumière » Sergio Larrain

Je ne connaissais pas ce photographe chilien et c’est une grande découverte. De ses portraits pris sur marché de Tarbuco vers Sucre en Bolivie à ses reportages sur les enfants des rues de Santiago et de Valparaiso, les photos de ce photographe chilien sont touchantes, prises sur le vif, toujours avec un cadrage qui laisse une large place à la matière telle que la pierre, les pavés, la terre…

Il y a beaucoup de poésie dans ses photos et je ne suis pas étonnée quand j’apprends qu’à son retour au Chili dans les années 60, après quelques années en Europe où il est photo-reporter pour l’agence Magnum aux côtés de Henri Cartier-Bresson, il travaille avec Pablo Neruda. Ces deux poètes se sont trouvés et sont deux très beaux ambassadeurs du Chili des années 50/60.

Sergio Larrain Arles 2013

Pour ceux qui n’auront pas l’occasion d’aller à Arles d’ici la fin août, cette exposition arrive à Paris à la fondation Henri Cartier-Bresson à partir du 11 septembre.

Gilbert Garcin et ses photomontages humoristiques

Copyright Rencontres Arles

© Gilbert Garcin/Rencontres Arles
Le funambule, 2002. Rencontres Arles

J’ai beaucoup souri en promenant à travers les photomontages de Gilbert Garcin. C’est lors d’un stage de photographie à Arles en 1995 que cet artiste alors âgé d’une soixantaine d’années se révèle. Avec son allure à mi-chemin entre Monsieur Hulot et Alfred Hitchcock, Gilbert Garcin se met en scène pour aborder de façon très humoristique des thèmes comme le couple, l’amour ou la mort. Les titres de chaque photo sont simples, choisis avec beaucoup d’attention et c’est le mélange de ses compositions et de ses mots très finement choisis qui font la force de son oeuvre.

Pierre Jamet et la France des Auberges de jeunesse de 1937

Copyright Rencontres Arles

© Pierre Jamet/Rencontres Arles
Dina sur la route, 1937

Cette petite exposition un peu cachée aux ateliers SNCF m’a parlé. Ici on voyage dans la France post-front populaire, celle des premières auberges de jeunesse, des godillots, des bérets et des sacs à dos en toile et en cuir. Dans les clichés de Pierre Jamet, on trouve de la joie de vivre, de l’humanisme, le bonheur d’être ensemble dans cette période entre deux guerres. Le texte de Lucien Bravslavski, un jeune qui sera déporté en 1942 et mourra à Auschwitz, placé en ouverture de l’exposition est magnifique.

Texte expo Pierre Jamet Arles 2013

La chambre noire de Guy bourdin

Copyright Rencontres Arles

@Guy Bourdin
1950-1955, Paris après-guerre. Copyright Rencontres Arles

En 2011, Shelly Verthime, commissaire de l’exposition, découvre une boite en carton avec 100 enveloppes. De chacune d’elle, elle exhume une tirage noir et blanc et son négatif. Ce sont entre autres ces clichés du Paris des années 50 qui sont exposées à l’espace Van Gogh. Un vrai trésor caché par ce photographe de mode qui collabora au magazine Vogue de 1955 à 1990.

Dans l’exposition Untouched, on retrouve quelques unes de ses photos de mode et de vieux exemplaires de Vogue. J’ai été moins touchée par cette partie-là mais c’est pour ce travail que Guy Bourdin était connu alors elle ne peut être occultée.

Les années Bibi de Jacques-Henri Lartigue

Jacques Henri Lartigue Arles 2013

Jacques-Henri Lartigue photographie sa vie en noir et blanc. A l’Eglise des Trinitaires sont présentés ses clichés des années 20, ceux de ses années bonheur avec sa femme Bibi. Ici, on navigue dans la vie du photographe avec plaisir, de la naissance de ses enfants à ses diners avec Sacha Guitry en passant par le Roland Garros des mousquetaires et de Suzanne Lenglen. Un très beau témoignage.

Album beauty ou la renaissance des photos de famille oubliées

Erik Kessels Album beauty Arles 2013

Album beauty est une exposition étonnante qui rappelera de nombreux souvenirs à tous ceux qui ont vécu les années 70, celles des albums photos collés, jaunis avec le temps. Erik Kessels est un chineur du passé, à la recherche des albums photos de famille perdus et les met en scène au Palais de l’Archevêché à Arles.

En marge de cette exposition, l’artiste a imaginé une installation qui met en scène 24h de photographie imprimées depuis Flickr. Impressionnant mais pas très photogénique !

Rencontres Arles Photographie côté pratique :

Pour préparer son parcours, Les rencontres d’Arles et SFR ont créé une application assez pratique disponible sur l’appstore et google play. Toutes les informations sont disponibles sur le site des rencontres Arles photographie.

Jusqu’au 22 septembre à Arles

Tags from the story
More from Adeline

Instantanés de vacances au Cap Ferret en famille

Cela fait des années que j'entends autour de moi "c'est super le...
Lire la suite

7 Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *