Manifeste Vagabond par Blanche de Richemont

« A trente-trois ans, je pose mes valises et je m’interroge : cela fait des années que tu cours sur les routes après un sens ; existe t-il ? Parviendras-tu encore à échapper à ton époque ou cèderas-tu au désenchantement ? Partir encore. Mes longues marches dans le désert ont guéri des blessures mais le mot « ailleurs » est devenu une obsession. Comme si je ne pouvais jamais revenir. A chaque retour, il me faut de nouveaux rêves pour tenir. Le voyage est devenu un esclave. Alors j’ai compris qu’il devait servir une autre dimension : intérieure. Le véritable vagabond ne serait pas celui qui prend la route, mais celui qui part chercher son âme. Ces pages sont l’écho de cette quête. »

Hier je me promenais dans les rayons d’une librairie et mon oeil a bizarrement été attiré par un titre : « Manifeste vagabond ». Je lis l’arrière du livre et comment ne pas se sentir proche de ces mots quand on a connu la vie de vagabonde ? En une centaine de page, Blanche de Richemont nous embarque dans ses déserts et ses errances en Afrique et en Inde à la recherche de la vie. Entre carnet de voyage et journal intime, elle aborde tous les thèmes chers aux vagabonds : la liberté, le rêve, l’ennui, la fuite, le départ, le retour, la peur en faisant référence aux grands écrivains voyageurs que sont Kerouac, Thoreau, Hesse ou Goldmund et honneur aux grandes voyageuses qu’ont été Alexandra David-Néel, Isabelle Eberhardt et Ella Maillart.

De la mort d’un proche qui a été un élément déclencheur à ses voyages, aux questionnements perpétuels sur le sens de la vie ou de ses sensations au retour de ses voyages, ses mots me parlent. Ils sont justes, le texte est fluide et se lit d’une traite. Pour tout vous dire, j’ai lu le livre deux fois alors que je l’ai acheté hier.

Difficile de sortir des citations tant ce livre en est une à lui tout seul. Je vais tout de même vous en livrer quelques unes en référence à des billets de ce blog.

La première concerne le voyageur et voici une phrase qui pourrait conclure mon article touriste ou voyageur : éternel débat stérile. J’aime ce terme de Vagabond qui prend ici plus de sens que celui de voyageur :

« J’ai rencontré de nombreux voyageurs qui n’étaient pas des vagabonds. Les monde est simplement pour eux l’occasion d’éprouver leur puissance, d’accomplir des exploits, de se venger de leur souffrance intérieure. De retour chez eux, ils redeviennent des petits-bourgeois qui s’écrient : « J’ai fait l’Himalaya ! » Comment peut-on « faire » une montagne, ou un pays ? Où est passée cette humilité que la terre nous impose ? On ne « fait » aucun pays, au contraire, la route nous défait pour nous façonner »

La deuxième pourrait agrémenter mon article Année en tour du monde, année de vacances :

« La liberté du voyageur est vertigineuse. Il doit faire appel à se propre energie pour marcher encore malgré les pieds écorchés, y croire encore dans la solitude, trouver un sens à cette souffrance du corps. Esclave de la route, celui-ci impose sa loi. Elle est sans pitié. Le moindre faux pas, une gourde mal fermée, une carte perdue, une nourriture insuffisante, une blessure mal soignée et le voyage s’achève. La route est un bourreau sans merci. Notre force intérieure est la seule arme que l’on puisse lui opposer ».

Et enfin ces quelques citations pourraient enrichir mon article Le voyage au long cours ou la difficulté du retour :

« J’imaginais des retrouvailles intenses avec mes proches. J’ignorais encore qu’il est impossible de raconter un vrai voyage. Quand ma mère est venue me cherche à l’aéroport, nous avons parlé de la météo.
Plus nous avançons sur la route, plus les êtres chers semblent appartenir à un autre monde. Seuls restent ancrés en nous ceux qui ne sont ni d’ici ni d’ailleurs, mais en nous, déjà éternels. Ces êtres-là, si rares, on ne peut les fuir.
Le plus dur n’est pas de partir mais de revenir. »
 
« Nous sommes parfois heureux d’ouvrir la porte de notre maison après un long voyage. Les objets et les murs qui portent notre histoire nous rassurent. Pour une fois, nous respirons en rentrant chez nous et non en partant. Ce bonheur ne dure pas. L’émotion des retrouvailles passée, il faut de nouvelles destinations pour supporter de rester. »
 
« On revient toujours plus seul d’un voyage au long cours. Il est impossible de partager ce que l’on a vécu. On est condamné à un nouvel isolement intérieur, peuplé d’histoires ».

Pour conclure, voici une interview de Blanche de Richemont qui devrait certainement vous convaincre de lire ce texte magnifique.

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Manifeste Vagabond, Blanche de Richemont –  Plon 12,90€

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