Rencontre avec Gilles le trappeur québécois

Gilles et ses betes

Un après-midi d’hiver au Québéc je le vois arriver de loin, habillé de sa combinaison militaire, sa toque et ses mitaines en fourrure de marmotte. Il a la démarche tranquille et j’ai l’impression de voir débarquer Davy Crockett mais soudain je me rappelle que nous ne sommes ni dans le bon pays ni même à la bonne époque ! Non je n’ai pas rendez-vous avec Davy C. mais bien avec Gilles le trappeur québécois.

La cabane au Canada du trappeur québécois

Après quelques présentations dans la neige et dans le froid, Gilles nous emmène dans sa cabane au Canada au fond des bois avec vue sur un lac gelé. Sa petite cahute ressemble bien à l’idée que je me faisais d’un refuge de trappeur : un poêle à bois, des petits billots recouverts de peaux de bêtes faisant office de tabourets, des étagères remplies de pièges de tailles mini à maxi, de nombreuses têtes de bêtes pour la décoration et une peau d’ours noir pour cacher un congélateur blanc qui cloche un peu dans le décor mais qui, on le verra plus tard, a son importance.

Gilles et le coureur des bois

Les secrets de la trappe

Gilles commence à nous expliquer son métier, la saison de la trappe, la réglementation très pointue et le nombre de tête par espèce qu’il a le droit de trapper ainsi que la vente de la fourrure ! Un trappeur trappe pour aider à la régulation des espèces, il n’a donc pas le droit de faire n’importe quoi : il a des quotas à respecter. Je retiens qu’il chasse les castors en début de saison, avant que les lacs ne gèlent, et cela dans le but de récupérer les glandes qu’il fera sécher et qui lui serviront d’appas pour la suite. Il ouvre une petite boite et nous fait sentir… Bon ben comme on s’y attendait, ça ne sent pas la fraise. Je retiens aussi qu’il faut faire attention à comment capturer la bête pour ne pas abîmer la fourrure et s’assurer d’un meilleur prix de vente. C’est comme tout, plus la peau sera de qualité, moins elle aura de défaut et plus elle sera vendue chère. Et comme la vente de ces fourrures est le seul gagne pain de Gilles, il a l’air plutôt qualifié sur la capture de chaque espèce.

Avec son voisin Jean-Louis, il se promène chaque jour de décembre à mars sur les quelques 48km2 qui lui sont attribués pour surveiller les pièges. Quand on lui demande pourquoi il pratique la trappe, il répond tout simplement parce qu’il aime ça. C’est une passion… Une passion un peu bizarre à mon goût mais bon je me dis qu’il faut bien aider à réguler la nature.

Frustré par le fait qu’il ne puisse pas nous emmener nous promener dans les bois environnants et nous montrer son métier en pleine action, nous avons eu droit à diverses démonstrations dont celle de la mise en place d’un gros piège croisé : un piège en X. La seule chose que je retiens dans l’histoire, et bien c’est que je n’aimerais croiser ce genre de chose, ni être la bête qui se fait prendre.

Dans le congélateur d’un trappeur

L’apothéose des démonstrations fût bien sûr la dite scène du congélateur. Fini l’heure de la démo des pièges, place à la présentation des animaux. Alors que nous pensions être libérés de ce calvaire  ce moment d’anthologie, voilà notre Gilles qui plie la grosse peau d’ours (tête incluse) posée sur le congélateur, l’ouvre et commence à nous déballer ses bêtes par ordre croissant de taille. Nous ne savions pas encore que LA scène d’anthologie était celle qui allait venir…. Loutre, castor, pekan, renard, Gilles nous a présenté une dizaine de bêtes jusqu’au moment où nous avons bien cru voir un ours noir sortir mais non, seules les pattes étaient dans le congélateur. Quelle déception ! Après cette scène dantesque, Gilles a remballé toutes ses bêtes, replacé sa peau d’ours et voilà.

Gilles et congélateur

C’est avec un léger soulagement que j’ai remis ma doudoune et quitté cette cabane. La trappe, la chasse, même combat. Si je comprends leur importance pour la régulation des espèces, j’ai quand même un peu de mal avec le plaisir que l’on peut prendre à tuer. Gilles a remis sa toque et ses mitaines, mis sa besace de trappeur sur le dos et s’est prêté à un shooting, digne d’un bon shooting mode dans la neige. Amis du Chasseur Français, si un jour vous cherchez un client, je vous donne les coordonnée de Gilles !

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Lors d'un voyage au Québec, j'ai fait la rencontre de Gilles, un trappeur de la région de l'Outaouais. Une rencontre surprenante.

 

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20 Commentaires

  • Pour lire beaucoup de bouquins sur la trappe, écouter beaucoup d’arguments de trappeurs et de chasseurs, Nicolas Vanier, le célèbre voyageur du froid en tête, effectivement on nous dit souvent que le trappe, ou la chasse contrôlée sont effectivement indispensable pour la régulation des especes.
    Soit.
    Maintenant, je pense et j’ai l’impression que dans les endroits ou l’homme n’est pas, ou peu présent, les animaux, et la nature en général ne s’en portent pas plus mal. Autant chasser pour « réguler » dans des régions avec une activité humaine, pour éviter les accidents de la route (sangliers, cerf…), ou la destruction de cultures, je peux comprendre, autant dans des régions comme le Canada, je commence a devenir sceptique.
    Un dessin que j’ai vu sur FB (je ne pense pas pouvoir le mettre dans le post, voici le lien, mais si vous n’arrivez pas à le lire https://fbcdn-sphotos-h-a.akamaihd.net/hphotos-ak-snc7/c23.0.403.403/p403x403/399728_10151147305164454_500611423_n.jpg ) je le raconte, et je le trouve très « vrai »:
    Le chasseur vient de sauver un élan du loup qui le menaçait, et un autre chasseur va maintenant tuer l’élan qui n’a plus de prédateur pour éviter la surpopulation…

    • Salut Laponico,
      Bien sûr la nature ne s’en porte pas plus mal lorsque l’Homme n’est pas dans les parages. Cependant il ne faut pas oublier que la chasse est un élément naturel de la chaîne alimentaire ( à l’opposé de l’élevage !) et que si l’on s’en tient à une chasse intelligente, pour se nourrir, la nature s’adapte très bien. Bien sûr je suis comme toi complètement opposé à cette chasse « pour le plaisir » qui met nombre d’espèces en péril. Mais il faut tout de même nuancer, mère nature n’est pas si faible 🙂

  • Vraiment superbe tes photos de trappeurs Adeline. Ce sont les personnes que l’on rencontre qui fait le voyage, souvent plus que les paysages. J’ai l’impression que Gilles est ce type de personne qui rend notre aventure plus riche et plus authentique.

  • Salut Laponico,
    Très intėressant ton commentaire.
    J’ai tendance aussi à croire que la nature s’en tire très bien toute seule. Que la régulation des espèces serve principalement les intérêts du collectif humain, je peux le comprendre aussi. Mais la trappe dans les grands espaces sauvages ne me convainc plus du tout après avoir lu tes arguments et le dessin, que j’ai beaucoup aimé d’ailleurs.
    Cela n’empêche pas le fait que je rencontrerai bien ce type de personne qui doit en avoir à enseigner sur la nature et la survie en milieu hostile. Si un chaos devait advenir ses conseils seraient d’une grande utilité ! 🙂

  • C’est sûr que l’argument comme quoi les chasseurs sont indispensables à la bonne régulation des espèces semble toujours un peu douteux… De l’autre côté, je ne sais pas si on peut vraiment parler de « avec le plaisir que l’on peut prendre à tuer ». Il y a quand même un vrai amour de la nature chez ces gens là, une proximité et une connaissance réelle. Fameux débat, difficile à trancher !

  • Personellement, c’est le genre de truc que je n’aime pas voir et que je ne comprends pas. Comment on peut aimé tuer par plaisir … Quoi que Dexter y arrive et ne tue pas des animaux xD (Ok je sors ^^)
    Bon parfois il faut réguler, c’est vrai.

    Ce que je comprends encore moins ce sont les braconnier. Mais là c’est une autre histoire.

  • Brrr, la description de sa cabane m’a presque donné des frissons, sans parler du moment ou il sort toutes ses bêtes du congélateur :/ Il a l’air d’un mec sympathique mais j’ai quand même un peu du mal avec le fait de devoir tuer pour réguler la nature…

  • Sympa cet article !
    Par contre si je ne m’abuse, il ne t’a jamais dis qu’il prenait plaisir à tuer non ? Il t’a dit que le métier de trappeur était une passion, pas la mise à mort… C’est un biais qu’on voit bien dans les commentaires…
    Pour avoir souvent rencontré des gardes chasse dans mon Valais natal, je suis tenté de penser qu’ils ne prennent pas plaisir à tuer mais considèrent que c’est une nécessité…
    Sans être un absolu défenseur de la chasse, demandez-vous combien de bêtes tue un trappeur et combien ont été tuées pour notre consommation de viande « civilisée » dans des abattoirs…

    • Non il n’a pas parlé du plaisir de tuer. Les trappeurs sont avant tout là pour réguler les espèces et ils ont un quota à ne pas dépasser. Lui prenait plus de plaisir à aller se balader dans les forêts avec son voisin aussi trappeur et à faire ses préparations pour ses pièges qu’à piéger en tant que tel. Enfin c’est ce que j’ai compris dans son discours.
      Tu as raison Jonathan de préciser que les chasseurs et les trappeurs sont avant tout là pour la régulation des espèces.

  • Bonjour,

    Nous avons également rencontré Gilles en décembre dernier et ce fut un moment fort sympa, surtout la marche en raquettes pour aller voir les pièges dans la nature et le déjeuner dans sa cabane. Il est passionné par son activité… et cela nous a intéressé même si nous n’avons aucun goût pour la chasse.

    C’est à Duhamel au Chalet Couleurs de France.
    Si vous avez envie d’un autre vécu et de petits films/photos, c’est par là:
    http://www.lesvoyagesdemadikera.fr/crbst_500.html
    http://www.lesvoyagesdemadikera.fr/crbst_500.html

  • je suis le voisin de Gilles . je confirme que c’est un gars super , à connaitre , il a la passion de son pays , il en connait les moindres détails à chaque saison il sait ce qu il faut faire pour préserver la nature et arriver à la saison suivante en harmonie avec son territoire . son activité de protection de l environnement ne s’arrête jamais ….365 jours par an . Vous qui habitez dans des villes aseptisées , où les services publics vous sont devenus indispensables , où la moindre grève vous perturbe , un attentat vous désoriente pour des mois et des mois si vous voulez retrouver les vraies valeurs d’une vraie vie prenez contact avec Gilles ….. vous en reviendrez transformé ,la terre est belle pour sa diversité justement .
    Jean louis .

  • Rencontrer des vrai trappeur c’est vrai que c’est une expérience à vivre surtout dans un décor comme celui là. De plus, c’est bien de comprendre comment cet activité à jouer et joue encore sur le développement du Canada.

  • le trappage c’est juste la véritable écologie et surtout on touche vraiment a l’essence meme de la liberté! en ville et dans des pays ou la nature est minimaliste vous pensez etre libre et bien vous ne l’êtes pas! partout et notamment en France,il y a des interdits,des limitations,des lois… pour pouvoir avoir le droit de vivre; les libertés individuelles fondent comme neige au soleil! la véritable liberté,en somme peu de gens l’on finalement dans cette société dite moderne, le trappeur oui ,mais on veut le forcer a coups de sensiblerie humaine mal placée,a rentrer, dans le rang des consommateurs lobotomisés! et toujours ce nouvel esprit animaliste dit moderne, qui ne comprends rien a rien a la véritable écologie et a la vie vraie en harmonie avec la nature sauvage! toujours ces gens qui pleurent sur un animal alors que leur société finie par tolérer peu a peu, de plus en plus de violence gratuite! toute cette nouvelle société dite moderne,vit de plus en plus dans le virtuel,dans le plaisir immédiat, les enfants sont maintenant prisonniers du virtuel, du syndrome du tel.portable,de la consommation a outrance et n’ont aucune envie d’aller perdre leur temps dans les bois…bref si l’on vivait un peu plus comme les trappeurs, la nature et notre société s’en porteraient beaucoup mieux!

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