Toshi-Jima, l’authenticité d’un Japon rural

Quand je pensais au Japon, j’imaginais Tokyo, ses buildings, ses lumières, sa foule et un ville en éternel mouvement. Fraichement débarquée de l’avion à l’aéroport de Nagoya, c’est dans la ruralité de la préfecture de Mie que je suis plongée. 2 heures de voiture, 20 minutes de bateau et me voilà transportée dans un autre monde, au coeur de l’île de Tōshi-Jima.

Depuis le bateau qui me mène vers cette île, je suis censée voir le Mont Fuji mais il se cache derrière les nuages alors dans le ciel j’observe les mouettes et les aigles qui tournoient au-dessus de nous, à l’affût d’un petit quelque chose à manger. Devant, Toshi-Jima et ses 2200 habitants nous attendent. L’île vit essentiellement de la pêche et de ses algues, à moi le Japon rural !

En route pour Toshijima dans la région de Mie au Japon

Les mouettes suivent notre bateau pour Toshijima
Un aigle toutes ailes déployées suivant le bateau

Bateau de pêche qui rentre au port de Toshijima

A peine les pieds posés sur la terre ferme, ce sont des pêcheurs que je rencontre. Je suis déjà marquée par ces visages souriants et légèrement burinés par le soleil. J’étais à ce moment-là loin de m’imaginer que ces femmes et ces hommes rencontrés durant ces 24 heures, marqueront à jamais ce voyage au Japon.

Le Nori, le snack de Toshi-Jima

Il est des îles où l’on nous accueille avec un collier de fleurs, à Toshi-Jima, c’est du nori que l’on nous met dans les mains. C’est quoi le nori ? Et bien ce sont ces « galettes » d’algues séchées qui servent notamment à faire les makis. Autrefois elles étaient faites manuellement, aujourd’hui les pêcheurs de cette île se sont associés pour créer une coopérative qui leur permet d’assurer une production plus large envoyée à travers tout le Japon. A chaque coin de l’usine on me présente un sac avec du nori. Poliment j’accepte une fois, deux fois… C’est vrai qu’il est bon (surtout celui un peu caramélisé qu’ils produisent) mais bon je vais être honnête, ça ne vaut pas un bon granola (oui j’ai un faible pour les granolas)…

Yoshiki, en route pour la ferme d'algue

La bouilloire de l'usine à noris
Surplus de noris dans l'usine de Toshi-jima

Dormir dans un Ryokan

Au Japon on dine vers 18h alors après la visite de l’usine à noris, direction notre ryokan, une auberge traditionnelle où nous passerons la nuit. Celui-ci est situé en bord de mer alors avant d’aller diner, je me pose sur mon tatami avec un thé vert et je me laisse aller à mes rêveries avec la mer en toile de fond.

Vue depuis la chambre de mon ryokan
Simplicité et sobriété de la décoration

Lever de soleil sur la baie de Toshi-Jima

Dans ces auberges, les repas sont traditionnels et gargantuesques. Celui de Toshi-jima est à base d’huitres, de poissons et autres crustacés parce que comme disait l’un des pêcheurs :

A Toshi-Jima on n’a pas grand chose mais on a du bon poisson

Notre table est joliment installée. C’est très fin et ça donne vraiment envie. Lors de ce diner on a droit à tous les plats à base de poissons. J’avoue que je n’aime pas tout. Le petit qui a fermenté 50 jours dans du sel ne m’attire pas mais les sashimis et les huitres sont délicieuses. Là-bas j’ai aussi découvert un tofu crémeux. Moi qui trouvait cet aliment plutôt insipide, j’ai changé d’avis… Chauffé à table dans sa petite soupe, un délice.

Les repas se font au sake. Chaud ou froid selon. Dans la préfecture de Mie, on en produit alors on nous présente les meilleurs. Personnellement je n’aime pas ça donc c’est à la bière ou au thé que j’accompagne mes repas. L’eau ce n’est pas leur truc aux japonais !

Diner copieux au Ryokan de Toshijima
Diner de poisson au Ryaokan de Tshijima

Un karaoke, ça te dit ?

Après le diner, alors que je résistais durement à l’appel de mon futon au fond d’un canapé (8 heures de décalage horaire ce n’est pas facile) l’un des membres du groupe vient me proposer un karaoké, « un côté culturel du Japon à vivre au moins une fois » me dit-il. Vous me connaissez, je ne sais pas dire non, surtout quand il s’agit de découvrir quelque chose de traditionnel et que ça risque de ne pas se représenter une seconde fois. Là au fin fond du Japon, adieu la fatigue, impossible de refuser. Nous voilà donc partis pour l’un des deux karaokés de l’île où nous sommes accueillis par le sourire de la serveuse (et un pêcheur déjà un peu alcoolisé mais shut).

Jeune serveuse du karaoke de Toshi-jima

Pêcheur le jour, chanteur la nuit
Guimauve sérieuse au karaoke de Toshi-jima

Si sérieux et plutôt engoncés dans leurs traditions le jour, nos japonais se transforment en dieux du karaoké la nuit. Assise à côté de Yoshiki, mon pêcheur rencontré un peu plus tôt dans la journée, je savoure tous les instants, de ses chansons à ses phrases d’anthologie. Alors que sa tante chantait, il nous dit « elle n’est pas belle ma tante mais qu’est-ce qu’elle chante bien »… Et oui elle chantait bien. Entre quelques chansons un peu mièvres et guimauves, tout le groupe s’est transcendé sur Linda Linda du groupe The Blue hearts. Nous avons mis le feu au karaoké (je m’inclus dedans le refrain n’est pas trop dur) !

Vous êtes prêts ? Linda Linda, linda, linda, linda…

A 23h, le chef sonne la fin de la récré. On se lève tôt le lendemain alors il faut aller se coucher. L’un des pêcheurs nous raccompagne sur son mini-camion-pick-up. Dans la nuit, le nez au vent, ma soirée se finit en beauté (et en bonne tranche de rigolade).

Sur le port de Toshicho

Après un petit-déjeuner aussi traditionnel que le diner de la veille (comprendre petit-déj au poisson), c’est une matinée tranquille à nous qui nous attend. Nous passons rendre visite à Motoya Yamashita qui nous montre les deux techniques traditionnelles pour transformer un poisson en sashimis. Pour être très honnête, la mise à mort du poisson, qu’elle soit radicale ou lente selon la technique, est un peu difficile à supporter pour moi de bon matin mais je dois vous avouer que c’était le meilleur sashimi jamais mangé.

Motoya Yamashita

A côté de son atelier, des pêcheurs s’affairent à trier des algues fraichement récoltées tandis que l’échoppe du coin installe son étal.

Triage des algues sur la place du village
Etal d'une échoppe de Toshi-Jima

Nous arpentons les ruelles plutôt désertes du village puis nous promenons sur le port de Toshicho, au plus haut de son activité. L’heure de la criée approche alors les bateaux rentrent au port. Il y a un peu d’animation, c’est chouette.

A Toshi-Jima, les bateaux rentrent au port juste avant la criée

Un pêcheur croisé sur le port
Découpe directement sur le port

Avant d’aller assister à la criée, nous nous arrêtons dans le café du port à l’ambiance assez années 50. Un vieux couple tient ce lieu où le café est fait à la casserole. Un moment authentique, presque d’une autre époque.

Ambiance des autre temps au bar du port de Toshicho
Un petit café casserole ?

A la criée, nous retrouvons Motoya, notre découpeur de poisson rencontré un peu plus tôt dans la matinée. Il vient pour acheter ses poissons comme quasi tous les matins. Un homme crie les données en sa possession sur les poissons, les hommes écrivent un prix sur une petite ardoise et le prix le plus haut remporte la marchandise ! ça va vite… Très vite.

Livraison de poulpe à la criée

Motoya négocie des poissons à la criée
Le prix proposé écrit sur une ardoise

Ama, les plongeuses pêcheuses d’ormeaux

Avant de partir vers d’autres aventures, nous sommes invités à déjeuner dans la hutte des ama. Les ama sont des femmes qui plongent en apnée à 5 à 10 mètres de profondeur (parfois plus) pour aller pêcher des ormeaux, des oursins et des algues. C’est un art traditionnel qui se pratique depuis plus de 3 000 ans au Japon et en Corée. Malheureusement la population de ama est vieillissante. Aujourd’hui on en compte environ 2 000 au Japon dont 761 sur la péninsule de Shima dans la préfecture de Mie. La moyenne d’âge est de 65 ans. Très peu de jeunes veulent prendre le relais de ce travail difficile qui se pratique en couple : l’homme est sur le bateau, la femme plonge en moyenne deux fois par jour. Aujourd’hui les deux pays cherchent à inscrire les ama au patrimoine culturel immatériel de l’Unesco.

La hutte est l’endroit où elles se retrouvent, bavardent se réchauffent autour du feu et font la sieste après leur plongée. C’est aussi un lieu où elles prennent leurs repas.

Pour nos derniers instants sur Toshi-Jima, je prends comme un privilège que d’être invitée à déjeuner dans ce lieu si important pour elles.

La hutte en bambou des amas de Toshi-Jima

Les deux amas rencontrées ce jour-là plongent encore toutes les deux.

Notre festin de langoustes présenté par une Ama

Vue sur le reste de notre festin
Le sashimi de Motoya
Japon rural - Le sashimi de Motoya présenté par les amas

La hutte est sommaire. Nous sommes conviés à nous installer autour d’un feu sur lequel seront cuits devant nous poissons et autres crustacés. Inutile de vous préciser que nous avons bien mangé. Langoustes, daurades, sardines, huitres… Pas d’ormeaux, ce n’était pas la saison mais il y en avait pour tous les goûts ! De la mer à l’assiette, un délice !

Toshi-Jima, un Japon rural et authentique

Le temps semble s’être arrêté sur Toshi-Jima. Je me sens privilégiée d’avoir pu vivre ces 24 heures avec ces pêcheurs. Ils nous ont accueillis comme des membres de leur famille, jamais avares de sourires, toujours un bout de nori à la main à nous proposer. J’aime ces voyages qui me réservent de telles surprises. Etre en immersion totale dans un Japon rural et authentique, je ne pouvais pas rêver mieux comme introduction au pays du soleil levant.

Un vrai coup de coeur.

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A toshi-Jima j'ai rencontré un Japon rural et authentique en rencontrant des pêcheurs et vivant 24 heures avec eux. D'une visite d'usine à noris au karaoké du coin je vous emmène dans cette aventure unique

 

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