La montagne, ça vous gagne ?

Trek au népal - Vue sur Annapurna 1 depuis le camp de base

Voilà, c’est signé… Le 20 mars je pars en direction de Nayal Pul pour 8 à 10 jours de trek au Népal. Mon choix s’est porté sur le sanctuaire de l’Annapurna qui me mènera jusqu’à son camp de base.

1er jour : mise en jambe de Naya Pul à Hile. Pour ce trek, j’ai choisi l’option sherpa mais pas l’option porteur. Je porte donc mes 12kgs sur mon dos ! Bon au début c’est lourd et puis au bout de quelques instants, quelques heures… On s’habitue voire même on oublie ! Sauf qu’il fait chaud, très chaud en basse altitude. Le temps de venir de Pokhara, nous avons débuté le trek à 10h30, trop tard pour éviter la chaleur… A 15h j’arrive sur les rotules au lodge, aucun courage pour aller visiter le village. Rishi lui est devant la TV, occupé à suivre les infos… Un ancien premier ministre est décédé dans la journée. Je n’ai pas retenu le nom mais il a régné 25 ans sur le pays, c’est donc une information qui délie toute les langues dans les villages alentours.

Des marches et des marches

2ème jour : de Hile à Ghorepani (2 850m): journée de l’enfer. Toujours en basse altitude, il fait très chaud. Une des plus dures journées du trek. Il me faudra 9h pour rallier Ghorepani. Une journée toute en escaliers, des milliers de marches à monter. Ce jour-là j’ai commencé à comprendre qu’en montagne, on monte et on descend tout le temps même si on ne souhaite que monter ! J’ai aussi compris qu’il ne faut penser à rien, juste à mettre un pied devant l’autre et avancer, surtout ne pas regarder vers le haut sinon c’est le découragement assuré. J’arrive à 16h au lodge, les jambes tétanisées. Nous sommes à 2 850m d’altitude, il fait moche et frais mais il y a une petite cheminée dans la salle commune, c’est bien agréable. Ce jour-là, j’ai trouvé un compagnon de route bien utile : un bâton en bambou. A l’avenir se souvenir : ne pas affronter l’Himalaya sans bâton(s). La ballade était fantastique. Les Rhododendrons (fleur nationale népalaise) sont en fleurs et la vallée est magnifique. J’ai beaucoup de chance, la saison ne dure que 3 à 4 semaines. Bon honnêtement c’est joli mais je n’ai pas tellement regardé le paysage et pas pris trop de photos non plus… J’ai trop souffert à monter les marches de l’enfer !

Lever de soleil à Poon Hill

3ème jour : de Ghorepani à Tarapani (2 630m)… en passant par Poon Hill (3 200m): coup de clairon à 5h du matin pour aller voir le lever de soleil sur la chaîne himalayenne. Ce sera la première fois du trek que je verrai les monts enneigés ! La journée commence comme la veille : montée de marches… Il n’y en a « que » pour 45mn mais le côté positif c’est que je n’ai pas mon sac à dos puisque nous repassons par le lodge. C’est un peu dur à 5h du matin mais Rishi a prié Shiva pour que le ciel soit dégagé, je ne peux pas le décevoir. En haut, je ne suis pas toute seule mais cela valait la peine de se lever. Première fois de la semaine que je passe les 3 200m d’altitude. Rishi est un peu déçu car le temps est légèrement brumeux. Pour moi la vue est magnifique et je commence à me dire que celle du camp de base doit être impressionnante. La suite de la journée n’est pas très positive. Je n’ai pas étiré mes jambes la veille et du coup elles ne sont pas au rendez-vous. La deuxième partie de la journée (à 8h du matin) commence comme tous les jours… par des marches. C’est dur. Heureusement, c’est une petite journée. Selon Rishi, la journée se résume ainsi : up puis down puis flat puis down puis up. Ce n’est pas gagné d’autant plus que les down sont vraiment down et mes genoux n’aiment pas bien ! Nous arrivons à Tarapani en début d’après-midi en finissant comme toujours, pas des marches de l’enfer (c’est ça le Up !). Le temps n’est pas au rendez-vous à l’arrivée : il fait froid et il n’y a rien à faire mais je rencontre un couple d’australiens charmant puis un couple de français tout aussi charmant (Brigitte et François si vous me lisez…). On se raconte nos histoires de trekkeurs, nos histoires de voyages…, bref une bonne petite ambiance de montagne. Il manquait à mon goût la fondue savoyarde et son petit vin blanc ! Hop 18h30, l’heure de diner, 20h, l’heure de se coucher ! Demain départ pour Chhoumrong

4ème jour : Tarapani à Chhoumrong (1950m) : Hey Rishi ? Pourquoi on doit redescendre à 1 950m alors que nous sommes à 2 630m et que l’objectif est d’atteindre 4 130m ? C’est ça la montagne Adeline : up and down tout le temps ! OK ben je vais redescendre alors mais j’ai comme l’impression que les deux jours d’après ne vont pas être faciles !

La journée se passe bien. C’est une petite journée puisque nous arriverons à l’heure du déjeuner à Chhomrong. Programme de la journée : up puis flat (enfin népali flat que je qualifierai de flat up ou flat down mais pas de flat hollandais !) puis gradually up qui s’avèrera du bon up avec en bouquet final de la journée, le retour des marches de l’enfer. Elles sont là tous les jours celles-là. Elles ne peuvent pas me laisser un jour de répit ! Après un déjeuner et une petite ballade dans le village, je reviens me reposer au lodge. Rien à faire et le lodge est vide. En fin d’après-midi un allemand arrive. Il revient du camp de base. En parlant avec lui je me rends compte que les 4 jours passés sont les plus simples. Je voulais trouver un porteur pour les 3 prochains jours et m’alléger un peu mais impossible. Je me déleste donc de quelques kg que je laisserai au lodge et retrouverai au retour. Rishi se propose de porter le sac de couchage que j’ai loué et qui pèse 3kg à lui tout seul !

5ème jour : Chhoumrong à Himalaya (2 873m) : Hey Rishi ? Quand ils ont construits les marches qui descendent jusqu’à la rivière, ils n’ont pas plutôt pensé à construire un pont entre les deux flancs de montagne ? Bon ben ça c’est la question que je n’ai pas posé ! J’ai descendu des milliers de marches en me disant que le 7ème jour j’allais devoir les remonter en guise d’apothéose à une journée certainement dantesque ! Quand on descend, il faut remonter, donc nous remontons mais selon Rishi après c’est flat ! Effectivement c’est flat up, flat down et au bout de 5 jours, je trouve cela facile ! Ce n’est qu’après le déjeuner où cela monte sévère. De marches (de l’enfer) en « gradually up » selon Rishi, j’arrive bien fatiguée à Himalaya. Heureusement, il est tôt et je vais pouvoir me reposer. C’est à partir de là qu’on ne se douche plus (l’eau à -5 non merci) et à partir de là aussi où ma boisson préférée aura le goût d’eau de piscine : merci Micropur™ ! Et oui le secteur de l’Annapurana est protégé, les bouteilles en plastique sont interdites !

Le camp de base : ma victoire

6ème jour : le jour où… j’ai atteint le camp de base de l’Annapurna (communément appelé par les trekkeurs ABC).

7ème jour : ABC à Chhoumrong où comment descendre en une journée ce que l’on a monté en 2. Depuis le début du trek cette journée est ma hantise parce que je sais très bien que redescendre n’est pas plus facile que monter ! Jusqu’à Deurali je gère mais vient ensuite le retour des marches de l’enfer et mon genou gauche commence à donner des signes de faiblesses. Je m’appuie donc sur le droit. Pas facile d’avancer avec une seule jambe « valide ». Les villages étant à minimum 45mn d’intervalles dans cette partie de la montagne, nous nous arrêtons déjeuner plus tôt que prévu pour reposer mes genoux. La journée étant longue, la pause ne dure qu’une demi-heure. C’est donc vite reparti pour une deuxième partie où je ne prendrai aucun plaisir ! Je n’arrive plus à monter ni à descendre. Mes genoux me font mal à pleurer et je sens une petite ampoule pointer le bout de son nez sur le petit doigt de pied gauche. J’hésite à m’arrêter dans un lodge avant Chhoumrong mais finalement je choisis l’option je vais jusqu’au bout et remonterai ce soir les milliers de marches descendues il y a deux jours. Vive le mental ! Rishi prend mon sac, je suis plus légère ainsi. Il me faudra une heure pour les monter (je ne vous mens pas quand je vous dis qu’il y en avait quelques milliers !!!). A l’arrivée je suis à ramasser à la petite cuillère. Je ne peux plus marcher et je me demande comment je vais gérer la journée du lendemain. Je choisis l’option je n’y pense pas et passe une bonne soirée avec tous les gens sympas du lodge.

La fin d’un trek au Népal… ou au mental

8ème jour : Retour à Nayal Pul. Je me lève et mes jambes ne sont pas au rendez-vous comme je pouvais m’y attendre. La journée commence par une heure et quart de descente d’escaliers qui achèveront mon genou droit et mon ampoule du pied gauche. Les quelques heures de flat up et flat down qui suivront seront un enfer. Pas le choix, il faut avancer. Aucun vélo, moto ou même âne pour m’aider, il faut donc y aller. Rishi a pris mon sac et me distance de quelques… kilomètres. Je trouve néanmoins un compagnon de route. Un finlandais qui a les mêmes problèmes que moi et des potes qui avancent plus vite. On papote, ça nous fait penser à autre chose et le temps passe un peu plus vite. Une ½ heure avant l’arrivée à Nayal Pul, Rishi me dit qu’il y a peut-être une solution taxi dans les environs. Je prends l’option car je ne peux vraiment plus avancer. A l’arrivée à Pokhara je n’arrive plus à déplier les jambes et mon genou droit est bien mal en point… Marcher est pénible !

En tout, j’ai marché une quarantaine d’heures et fait une centaine de kilomètres.

Après 3 jours de repos, mon genou va un peu mieux. Je garde de ce trek un merveilleux souvenir même si les deux derniers jours n’ont pas été simples à gérer. Cela a quand même été dur et je ne m’attendais pas à ce qu’il y ait autant de marches. Si quelqu’un compte faire ce trek un jour, ce serait sympa de les compter pour moi. Je les estime à quelques dizaines de milliers.

Je n’ai malheureusement pas beaucoup de photos. J’étais plus concentrée dans l’effort à fournir que de m’arrêter pour shooter. C’est dommage mais les souvenirs restent gravés dans ma tête : les rhododendrons en fleurs, la forêt de bambous, les visages souriants, les porteurs qui malgré ce qu’ils endurent sont toujours d’humeur égale et n’oublient jamais un Namaste, et bien sûr l’arrivée sur le camp de base qui malgré les nuages reste inoubliable.

Rishi m’a lancé un nouveau défi : revenir et m’attaquer au trek du camp de base de l’Everest. C’est plus long, plus dur mais il n’y a pas toutes ces marches de l’enfer. Si un jour j’ai l’occasion de revenir, bien sûr je m’attaquerai au camp de base de la montagne la plus haute du monde ! Est-ce qu’il y aurait quelqu’un pour m’accompagner ?

Je profite de ce poste pour remercier toutes les personnes qui ont participé à l’achat de la « veste qui se confond avec les nuages » et de la polaire ! Les ami(e)s, je vous dédie mes 4 130m d’altitude !

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