Continuer à voyager malgré le terrorisme

Les temps sont durs pour le tourisme et ce à l’échelle mondiale. De Paris à Istanbul en passant par Tunis, Beyrouth ou Nairobi, les derniers mois ont été difficiles et on ne sait vraiment pas ce que l’avenir nous réserve. Où partir aujourd’hui sans risque ? Peut-on continuer à voyager malgré le terrorisme ? Doit-on se replier sur soi et rester en France ? J’ai eu de nombreuses discussions de ce type dernièrement avec mes amis, ma famille, mes collègues blogueurs internationaux venus d’Allemagne, du Maroc, d’Angleterre, des Etat-Unis, d’Afrique du sud ou d’ailleurs, chacun a son opinion selon son pays d’origine, sa culture ou ses peurs. Voici la mienne.

Il y a quelques jours j’étais au téléphone avec mon frère…

« Joyeux anniversaire » me dit-il. Alors t’es en France pour fêter ça ?

Oui pour quelques jours je lui réponds, je reviens de Finlande et je pars à Istanbul la semaine prochaine

Ah ben tu es comme nous, tu ne choisis pas le pays le moins risqué pour voyager en ce moment toi

Oui mais tu sais entre rester à Paris ou aller à Istanbul, les événements récents nous ont prouvé que le risque est quasi le même alors mourir ici ou là-bas, j’ai choisi mon camp : je préfère le voyage à la peur ! Et vous vous partez où ?

Nous partons voir nos amis au Caire en Egypte avec les enfants en février

Ah oui ok vous avez raison d’en profiter, ça va être top, vous allez avoir les pyramides pour vous seuls, l’Egypte est tellement désertée des touristes en ce moment… »

Je ne me laisserai pas envahir par les peurs et continuerai à voyager malgré les attentats

Mesurer les risques pour soi, pour son entourage

Où peut-on voyager aujourd’hui sans avoir peur d’un attentat ? Rester ? Partir ? Que faire ? Est-il raisonnable de s’éloigner de la France ? Et l’Europe ? Istanbul tu es sûre ? Toutes ces questions on me les pose, je me les pose bien sûr. Mais le fait est qu’aujourd’hui on est l’abris de rien, nulle part. Ni en France. Ni ailleurs en Europe ou dans le monde. Parlez à un allemand, il vous dira que ça peut arriver demain à Berlin ou Francfort, parlez à un espagnol ou un italien ils vous diront la même chose de Madrid ou de Rome. Alors que fait-on fait ? On reste en France mais ici ça arrive aussi… Je n’ai pas envie de me laisser manipuler par les médias, je n’ai pas envie de me laisser envahir par la peur. J’ai envie de vivre et d’en profiter. Ceci dit, c’est facile de dire cela tant qu’on n’est pas confrontée à la question. Quand vient le moment de prendre une décision de partir dans un pays qui vient de subir une attaque terroriste, il est normal de s’interroger.

Il y a deux mois environ, juste avant Noël, on me propose d’assister au World Tourism Forum à Istanbul, une ville où je rêvais d’aller depuis longtemps. Je confirme et demande à rester quelques jours de plus pour pouvoir découvrir la ville à mon rythme après l’événement. Mi-janvier un terrible attentat se déroule dans le quartier de Sultanahmet et fait 10 morts. Que faire ? Y aller ou pas ? La question me passe par la tête pendant quelques secondes et puis je me dis : « Adeline tu vis à Paris où il y a eu plusieurs attentats dans les 12 derniers mois… Tu as peur de quoi ? Que ce soit à Paris ou à Istanbul, les risques existent alors tu restes chez toi et tu mords les doigts de ne pas y être allée ou tu y vas et tu verras. Et puis juste après un attentat, c’est certainement le meilleur moment pour partir, la ville est sécurisée. Au pire si tu as peur, tu resteras à l’hôtel »… Mon voyage se confirme et ne me pose plus de questions jusqu’au départ mercredi dernier.

Ce matin-là, alors que l’avion Turkish Airlines décolle à destination d’Istanbul, c’est la première fois que mes sentiments sont partagés lors d’un départ. Beaucoup de choses (négatives) me passent par la tête et me polluent ce début de voyage. Je n’ai pas peur mais je ne suis pas sereine, c’est sûr ! J’évacue vite fait toutes ces pensées négatives et pense à ce rêve de découvrir cette ville entre Europe et Asie. Je pense au Bosphore, au thé, au café et à tous les plats que je vais déguster… Je pense que ça va être chouette.

Continuer à voyager malgré les attentats

Arrivée sur place, je pose mes valises et sors de l’hôtel pour me balader le long du Bosphore. Je veux tout de suite prendre le pouls de la ville, voir comment je m’y sens. Que c’est bon… Les rues sont animées, les bateaux vont et viennent entre l’Europe et l’Asie et les mouettes chantent. Le coucher de soleil sur la vieille ville m’offre ses plus belles couleurs. Je comprends assez vite que j’ai pris la bonne décision et que je vais me plaire à Istanbul.

Mon séjour se passe hyper bien. Je me promène tranquillement dans les rues sans stress, prends les transports en commun et ne me pose plus vraiment de questions, bizarrement moins qu’à Paris…

Le terrorisme était au coeur des discussions et des conférences au World Tourism Forum. Jose-Manuel Barroso l’ancien président de la commission européenne qui y intervenait a déclaré, en pensant profondément à toutes les récentes victimes et leurs familles bien sûr, que le terrorisme faisait moins de morts que les accidents de la route. Si on voit cela ainsi, c’est évident. Selon les chiffres provisoires de l’Observatoire national interministériel de sécurité routière, 3 464 personnes auraient perdu la vie sur les routes de France en 2015. Je suis certaines que dans certains pays c’est plus. La sécurité routière était aussi une de mes inquiétudes pendant mon tour du monde, surtout en Inde ou en Amérique du Sud où les accidents de bus (ou de train en Inde) sont fréquents. Et si on parle d’Amérique du sud et bien parlons franchement : je m’y suis sentie plus en danger dans certaines grandes villes qu’à Istanbul où je me suis sentie comme chez moi.

Pourquoi se mettre des barrières ? Dans les mois à venir, les destinations vont devoir mettre les mesures de sécurité en place, communiquer régulièrement et franchement sur le sujet pour rassurer. Nous en tant qu’individus, nous devons être conscients de ce qui peut arriver mais aussi peut-être voyager plus responsables.

Changer sa façon d’appréhender son voyage et penser local

Je crois que les attentats de Paris ont (encore plus) changé ma vision des choses. Alors que je mettais ma première photo d’Istanbul sur Facebook, un ami grand voyageur m’écrit :

« Heu… C’est pas chaud pour aller à Istanbul en ce moment ? »

Comme à mon frère, je lui réponds « Ecoute j’habite à Paris, c’est pas mieux je crois ! »

Ce à quoi il me dit : « Vu sous cet angle… »

Je pars du principe que 14 millions d’habitants vivent à Istanbul et près de 11 millions à Paris grande couronne. Nous vivons là, travaillons là et n’allons pas déménager parce que des terroristes ont décidé qu’être libre et heureux était mal. Je pense qu’en voyageant plus responsable, en nous rapprochant des locaux et en recueillant leurs conseils, on appréhende mieux son voyage. M’asseoir à table autour d’un thé, d’un café, d’un diner, comprendre les problématiques locales et rechercher l’authenticité, c’est ça qui m’intéresse aujourd’hui. Voyager nous offre la possibilité de nous ouvrir sur les autres, sur le monde et si nous décidons de nous replier sur nous, nous laissons la porte grande ouverte à encore plus d’amalgames… Voyager c’est aussi apprendre la tolérance et véhiculer la paix. 

En 2006 je suis allée à Bali en Indonésie, à l’époque l’île était désertée des touristes à cause d’un attentat à Kuta en 2002 et Jimbaran en 2005. Je me souviens m’asseoir dans des restaurants et être seule, chercher des pensions et ne pas peiner à trouver une chambre. En parlant aux locaux, j’ai compris que les attentats de 2002 (qui a été le plus meurtrier dans l’histoire de Bali) et de 2005 avaient fait beaucoup de mal et que c’était très compliqué pour eux qui vivaient essentiellement du tourisme. Ce voyage à Bali a été extraordinaire, les gens étaient souriants et disponibles tout comme à Istanbul ces derniers jours. Rien à voir avec ce que plusieurs proches m’avaient dressé comme portrait. J’ai trouvé les stambouliotes chaleureux, accueillants et prévenants. On sent qu’à la fois les attentats, la situation de la Turquie et son environnement leur font beaucoup de mal.

Le sourire d'un Stambouliote

Pour conclure, je n’ai pas envie de me laisser envahir par la peur et par tous les messages de violence que véhiculent les médias parce que je reçois tellement quand je voyage que je ne pourrai pas me passer de cela. Je continuerai à voyager comme je le fais depuis plus de 20 ans, immergée et au plus proche de la population locale.

Par ce billet, je n’ai pas envie de vous dire qu’il FAUT continuer à aller dans ces destinations du Maghreb si prisées hier, si désertées aujourd’hui. J’ai plutôt envie de vous inviter à aller au-delà de vos craintes, de l’image que les médias nous en donnent, à réfléchir à ce que vous attendez de ces destinations et suivre votre instinct. Si comme moi vous ne cherchez pas l’hôtel all inclusive alors il y a peut-être autre chose à trouver et partager dans certains pays comme la Tunisie, l’Egypte ou la Turquie, si riches culturellement parlant. Je vous invite aussi à lire le billet de Miles and Love sur les dangers d’un voyage en Egypte. Leur réflexion se rapproche fortement de la mienne.

Et si le Maghreb ne vous tente pas, il y a de nombreuses autres destinations qui sont prêtes à vous ouvrir leurs portes !

Mes recommandations :

  • Mesurer les risques pour soi, pour ses proches. Ce n’est pas le même si on est seul, en couple, avec des enfants je le comprends
  • Ne pas forcer un/une amie à se rendre dans une destination qu’il/elle ne sent pas
  • Toujours déclarer sa présence dans un pays sur le fil d’Ariane. Il est important que les autorités françaises sachent où vous joindre et vous aider si un événement arrivait, que ce soit une catastrophe naturelle comme au Népal l’an dernier ou un attentat.
  • Prendre une assurance voyage. Mieux vaut prévenir !
  • En parler avec ses proches et les rassurer sur le fait que vous ne prendrez aucun risque
  • Sur place allez à la rencontre des locaux, parlez avec eux.
  • Souriez ! Le sourire apporte tellement
  • Commencer petit. Sortir autour de votre hôtel ou logement et sentir comment vous gérez vos émotions, vos peurs.

Pour me suivre dans mes prochaines aventures, n’hésitez pas à vous abonner à mes comptes Facebook, Instagram, Pinterest et twitter.

Continuer à voyager malgré les risques terroristes, voilà une question que nombre d'entre nous se pose, et que je me suis posée avant d'aller avec Istanbul. Voilà ma réflexion.

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14 Commentaires

  • Je suis bien d’accord avec toi. Se terrer chez soi ne sert à rien (hormis entretenir une psychose déjà bien entretenue par tous les médias et politiques) mais il ne faut pas non plus risquer sa vie.
    Il y a une différence entre se rendre dans des villes ayant subi des attentats comme Paris, Istanbul, Londres, Madrid, … et se rendre directement en zone de conflits comme certains blogueurs ou voyageurs font (ce type de tourisme dit « tourisme de guerre » a le don de m’hérisser le poil!).

  • Sur le fond, je suis d’accord avec toi : il ne faut pas vivre dans la peur. Maintenant, je suis maman et forcément même si je n’ai pas envie de transmettre à mes enfants des sentiments de peur, je n’ai pas non plus à leur faire courir de risques disproportionnés. Même sans les attentats, il y a clairement des destinations où je n’emmènerai pas mes enfants parce que ce n’est pas adapté. Et il y a tellement de pays à découvrir, que je préfère différer un voyage le cas échéant. Exemple, l’an dernier, nous voulions aller en Asie avec notre bébé d’un an et demi. Nous avons choisi la Malaisie (plutôt que le Laos par exemple) parce qu’il n’y a pas de paludisme là bas et que le pays offre d’excellentes conditions sanitaires. Nous irons au Laos, une autre fois 😀
    En mars, nous allons avec nos 2 garçons au Maroc, le pays n’a pas été touché par les dernières vagues d’attentat, il ne nous semble pas plus risqué d’y aller que de se rendre à Paris comme tu dis. Après, je pense que je n’aurais pas osé l’Egypte en famille… Mais ça, c’est chacun qui choisit jusqu’où il est prêt à aller et cela ne se juge pas.
    Merci en tout cas pour ton billet qui incite à la réflexion sur nos attitudes de voyageur vis-à-vis du terrorisme et de la prise de risque en général.

    • Oui c’est clair qu’avec des enfants la réflexion est différente (et je le précise dans le billet), c’est à chacun de poser ses limites pour soi et sa famille. Les attentats ont toujours existé, sur tous les continents. Aujourd’hui on en parle plus parce que ça a touché Paris, la France deux fois en un an et tout s’amplifie avec les réseaux sociaux. ça devient super anxiogène.

  • Je suis parti en Israël et à Jérusalem , cet automne, quand il y avait tous ces attentats au couteau! Et j’ai eu exactement les mêmes réflexions que toi! Les plus inquiets étaient ma famille, mes enfants qui eux sont restés en France! En Octobre, je leur ai dit « oh tu sais c’est peut être plus surveillé qu’à Paris », et un mois plus tard, l’inimaginable arrivait à Paris.

    Alors oui, il faut surpasser sa peur, car au final, le risque d’acte terroriste reste minime!

    Pour les familles c’est d’autant plus dur que la vie de nos enfants repose entre nos mains, donc difficile de faire ce genre de choix; mais les parents sur place, eux, n’ont pas le choix et ce peut-être un signe fort de soutien…

    • Merci de partager ce point de vue familial Sandrine. Je pense aussi que des gens vivent sur place et vivent avec, le risque que tu te trouves au mauvais endroit au mauvais moment est effectivement minime.

  • Merci pour tes recommandations et le sujet d’article intéressant !
    Oui c’est clair qu’avec des enfants la réflexion doit être différente, c’est à chacun de poser ses limites pour soi et sa famille concernant l’aspect sanitaire, sécuritaire, …. Comme à chaque voyage de toute façon !

  • Merci pour cet article très clair.
    Je suis bien d’accord avec toi sur le fond !
    On ne peut pas s’arrêter de vivre à cause du terrorisme, ces gens font assez de mal comme cela…
    Pour ma part, je pars demain pour la France et la Suisse pour quelques semaines, et c’est vrai qu’en préparant mon passage à Paris, je me suis sentie plus angoissée qu’à l’accoutumée. Je sais que je ferai attention, et que j’aurais peut-être une petite montée de stress parfois dans les transports en communs, mais je préfère cela plutôt que de m’empêcher de me balader dans Paris (ou autre ville). La liberté n’a pas de prix.

  • Je pars pour quelques jours à Istanbul en mars (l’opportunité s’est présentée, je l’ai saisie), et ça fait du bien de lire un article avec le même point de vue que moi, au milieu des réactions de mes proches du genre « mais ça craint ! » ‘mais t’as pas peur ? » …
    Un grand merci !!

  • Merci pour cet article. Je pense comme toi mais tout le monde autour de moi ne l est pas, c est complexe, je suis allée à Istanbul en septembre 2014 et déjà à l époque certains me disaient que c était risqué

    • Effectivement tout le monde ne pense pas comme nous et c’est complexe. Moi je fais partie de celles qui ont envie de vivre et en profiter plutôt que de se laisser envahir par la peur véhiculée par les médias.

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